Les gros patinent bien
©Giovanni Cittadini Cesi.

Garden party au Rond Point : Les gros patinent bien

Par
Philippe Chevilley – LES ECHOS

Tous au jardin ! Au jardin du Rond-Point précisément, où sur un tréteau, à la fin du jour, le théâtre reprend de l’oxygène avec de petites formes insolites commandées par Jean-Michel Ribes, le patron des lieux. La pandémie de covid n’a pas entamé l’imaginaire des artistes et leur capacité à nous faire rire. En témoigne l’hilarant « cabaret de carton », conçu dans l’urgence par Olivier Martin-Salvan et Pierre Guillois, « Les gros patinent bien ».
Il n’est pas question ici d’assister à un remake clownesque d’« Holiday on ice » … les deux artistes fantasques signent un spectacle-monde joyeusement bricolé, qui nous fait voyager des fjords jusqu’à la sierra, des Pays du Nord à l’Espagne, en passant par la Grande-Bretagne et la France, en utilisant tous les moyens de transport ou presque : patins à glace, mais aussi avion, bateau, vélo et même trottinette… Assis sur une chaise de fortune, Olivier Martin Salvan déclame (et chante parfois) son épopée à la manière d’un grand acteur « bergmano-shakespearien », inventeur d’une « novlangue » à forte consonance british.
Cabaret de cartoon
Pas besoin de sous-titres. L’essentiel de l’action, les lieux et les objets sont décrits au feutre noir sur des bouts de carton, qui, rassemblés et scotchés, servent aussi à l’occasion de décors et de costumes. Court vêtu (d’un simple maillot de bain), Pierre Guillois, transformé en accessoiriste et en figurant de luxe, est aussi à l’aise en requin, qu’en pilote nazi, en épicier(e), en « señorita » lascive ou en joueur de cornemuse survolté. Ses courses folles, de cour à jardin, contrastent avec l’apparente immobilité d’Olivier Martin-Salvan.Usant avec bonheur du comique de répétition et multipliant les gags potaches, le cabaret de carton devient cabaret de « cartoon »… Masqué et « distancié » (comme l’impose la réglementation dans les théâtres en zone rouge), le public a vite fait d’oublier l’ambiance anxiogène du moment. Les masques n’empêchent pas les rires et les applaudissements de retentir. Le théâtre au jardin, avec l’été indien en prime, est un bon remède au stress.

Joué deux fois (les 9 et 13 septembre) « Les Gros patinent bien » s’intègre dans un programme roboratif qui court jusqu’à la fin septembre. Au menu, entre autres, un concert de Tania de Montaigne (le 13), deux récitals de François Morel (les 15 et 16), un « cabaret-procès » dédié à l’affaire Harvey Weinstein et au mouvement #MeeToo de Pierre Notte (le 17), Pierre Arditi qui « lit ce qu’il aime » (le 19), la très grinçante « revue de presse » de Christophe Alévêque (les 22 et 25) et « La Pyramide » de Copi, une rareté, mise en scène par Joséphine de Meaux (le 27).

LE ROND-POINT DANS LE JARDIN
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