Avignon 2019 : la bouchère, l’innocent, la truie et un village français

par hervé Pons publié le

Et la nouvelle fut. D’un tweet, un journaliste critique donnait le la : « Revendez toutes vos places d’Avignon pour voir Rebecca Chaillon et Pierre Guillois. » Foin alors des antiennes polémiques éructées par la meute et autres déclarations blagueuses et inconsidérées de candidatures à la tête d’Avignon quand surgit au cœur du festival une telle pépite.

 

L’invention par la rencontre

Tous deux ressuscitent l’esprit originel de feu le Vif du sujet : l’invention par la rencontre. Et elle est belle, joyeuse, dévastatrice, cette rencontre-là. La bouchère, l’innocent, la truie et un village français pourrait être le sous-titre de Sa bouche ne connaît pas le dimanche. Tout y est : la réaction française telle qu’elle est encore aujourd’hui, et à nouveau, de plus en plus prégnante, toute de repli, de rejet et de haine, telle qu’elle est inscrite de tout temps dans l’ADN conservateur d’une France rance et La France de Rebecca Chaillon et Pierre Guillois ! L’autre France. Celle qui débarque d’un bus un beau matin dans un village en pleine désertion : une nouvelle bouchère, forte, femme, noire et lesbienne. Une bouchère habitée par la foi que dieu lui a donné qu’elle entonne dans un cantique viandard souhaitant haut le cœur que dieu soit « une gouine des Caraïbes qui fait des arts plastiques ». Elle se liait d’amitié à l’innocent du village. Un miroir, un alter ego. Un innocent qui s’avère ne pas l’être tant. Fille de roi au pardon incantatoire, le jeune gringalet d’albâtre couronné de fleurs baisse sa culotte à l’avant des voitures et sous les caresses d’hommes aux cheveux blancs et aux mains douces exauce dans une transe expiatoire tous nos péchés.

Ils ne sont pas nés d’une côtelette ces deux-là, ce n’est pas des jambons, et même quand, inévitablement, la boucherie sera passée au frottis de ces mêmes mots qui servent tant à coloniser qu’à décoloniser, la piéta noire et l’enfant pd s’élèveront au ciel dans un chant créole de toute beauté. Pardon pour la galette saucisse.

Hervé Pons

Sa Bouche ne connaît pas le dimanche de Pierre Guillois et Rébecca Chaillon. Jusqu’au 23 juillet au festival d’Avignon.

Jardin de la vierge du lycée Saint-Joseph à 18h