C’est quoi cette pièce loufoque qui fait parler des brebis sur la scène d’Anthéa ?
La dernière fois qu’on a vu Pierre Guillois par ici, c’était dans son cabaret de cartons Les gros patinent bien. Une désopilante plongée en absurdie, Molière du théâtre public 2022 qui remplissait à vitesse grand v chaque salle le programmant. Avant ça, en 2014, encore avec son compère Olivier Martin-Salvan, il avait créé un autre chef-d’œuvre d’humour distingué par le Molière de la comédie 2017, Bigre, pièce qui tourne encore, depuis 11 ans, donc. Vers où le metteur en scène et comédien emmène son public avec cette nouvelle pièce à découvrir dans quelques jours à Antibes et en février à Ollioules ?
Direction la Foutue Bergerie, un drame rural qui oscille entre le tragique et la farce, peuplé de brebis qui philosophent et d’humains en souffrance. Ici, le plus terrible – un fils qui s’est suicidé dans la grange – côtoie le plus loufoque – des brebis bavardent, pestent et ruminent face à leur destin menacé. Dans une campagne où les pesticides font leur œuvre, où les pitbulls déciment le troupeau, exploiter une ferme devient vite éprouvant, surtout lorsque le père (Marc Bodnar) pose des clôtures les fesses à l’air, que la mère (Cristiana Reali) fume des gitanes au fond de son lit, et que le frère demeure hanté par le fantôme du suicidé.
« Le monde rural est très peu représenté au théâtre »
« Le drame rural, c’est quelque chose qui me titillait depuis longtemps », retrace Pierre Guillois, qui officie cette fois sans Martin-Salvan et ne monte par sur les planches. Celui qui avait déjà l’idée de parler de ruralité alors qu’il dirigeait le théâtre du Peuple de Bussang (Vosges), « un grand théâtre dans un petit village au milieu de la nature » de 2005 à 2011, a enfin pris le temps d’écrire sur le monde paysan.
« Un monde très peu représenté au cinéma même s’il y a eu une vague avec Petit paysan, Vingt dieux. Mais au théâtre, il se fait rare parce que la plupart des gens qui font ce métier sont des villes. La population rurale, c’est 2 % de la population française et ce sont des histoires complètement sous-racontées. Moi, j’aime me saisir d’histoires, y compris de celles qui ne m’appartiennent pas. »
Le vécu qui part en vrille
Si avec Pierre Guillois, le vécu part souvent en vrille et l’écriture scénique s’aventure dans des zones foutraques où tout devient possible, le metteur en scène a tenu à ce que sa Foutue bergerie soit « une petite photographie de la France, avec tous ses antagonistes. Ce n’est pas une pièce thématique, puisqu’elle est traversée par plein de choses. Si vous plongez un petit peu dans le monde rural, en quelques heures, on va vous parler de l’écologie, du loup, des plastiques, des pesticides, de la ville proche des campagnes… Cette pièce est traversée par ce qui traverse le milieu paysan. »
Entre tragédie familiale et comédie grinçante
Des thématiques qui, sur le papier, prêtent peu à sourire. Et pourtant, la joyeuse troupe de comédiens évolue dans un décor saturé de bottes de paille, sur un fil ténu entre tragédie familiale et comédie grinçante.
« Il y a de l’humour parce que je n’arrive pas à faire autrement ! J’avais du mal à écrire cette pièce et j’ai trouvé comment faire à partir du moment où j’ai fait parler les moutons de cet élevage. L’humour accompagne le drame, c’est-à-dire qu’en même temps que ce jeune homme se pend, les moutons commentent d’une façon un peu cynique. Il y a quelque chose qui nous permet de supporter les choses violentes, les choses dures et tellement chargées qu’on vit. »

