Cristiana Reali loin des sentiers battus
Cristiana Reali était à la recherche d’un univers théâtral nouveau. Celui de l’auteur Pierre Guillois [Opéraporno, Bigre, Les Crospatinent bien) la séduisait, elle avait « envie d’en être ». Au Théâtre du Rond Point du 11 au 22 mars, et dans une grande tournée, elle joue la nouvelle pièce du dramaturge et metteur en scène Foutue Bergerie.
Théâtral magazine : On vous retrouve dans une pièce inattendue… dans une bergerie !
Cristiana Reali : C’est un drame rural avec des brebis loufoques, commères, qui amènent un peu de comédie. Des animaux personnifiés qui regardent, en parlant entre eux, vivre les humains. Des brebis acides, critiques, chipies, méchantes, qui harcèlent les volatiles,poules,oies,dindons…
Elles commentent leur vie, leurs frustrations sexuelles avec le bélier, elles ont peur de passer à la casserole. On parle de pitbull chiens de racailles ! – qui mangent les moutons… Cette pièce nous fait faire des « loopings émotionnels“ : on rit, puis il arrive quelque chose de grave. Ça parle de la différence, du suicide du fils du fermier pendu à la même poutre que son grand-père…
Vous jouez un personnage de mouton ?
On joue tous plusieurs personnages. Moi, je joue une brebis, la fermière dépressive et une journaliste. Le public ne me reconnaît pas toujours sous mes différents costumes. II faut se changer plusieurs fois à toute vitesse, passer du drame à la comédie selon qui l’on joue… II faut s’oublier un peu, ne pas prendre le temps de penser, avec tous ces changements de rôles, changer de voix au fil de la musicalité du texte. C’est une partition à jouer, dans un décor sublime et dans des meules de foin.
Quel est l’univers de Pierre Guillois ?
II aime parler des choses qui fâchent, les survoler avec poésie. C’est une famille de fermiers dans laquelle se joue le drame de la vie des agriculteurs dont on parle tant : la ville qui dévore de plus en plus la campagne, le manque affectif, le racisme, les pesticides sur lesquels enquêtent des journalistes. À partir d’une petite brève, découverte dans la presse régionale, Pierre fait toute une pièce pour parler du monde rural. C’est très poétique et véritablement original. II y a un côté émission Strip Tease dans cette pièce ; on en rit.
Ce théâtre vous ouvre-t-il des perspectives nouvelles ?
J’avais envie d’être dans une pièce que j’aime bien voir. Cette pièce me sort de ma zone de confort, me change. Je n’ai pas toujours choisi des choses faciles à jouer, bien sûr, mais ici je ne calcule rien d’autre que le plaisir d’interpréter. Je fais ce que j’ai envie de faire. Un spectacle très choral et collectif ; il n’y a pas de tête d’affiche, tout le monde est important, avec un travail off dans les coulisses car ça se joue aussi bien derrière le décor que devant. Cette immersion dans la création et ces moyens du théâtre subventionné sont extraordinaires pour les comédiens.

